
On a momifié De Gaulle. On en a fait une statue froide, un timbre-poste, une marque de rigueur républicaine et d’autorité pépère. Pourtant, jamais homme d’État français, depuis Napoléon, ne fut aussi subversif que lui.
Derrière le soldat de 1940, derrière le fondateur de la Ve République, se cache un penseur politique d’une radicalité rare. Loin du consensus atlantiste et du logiciel mondialiste, De Gaulle était un anachronique génial. Il portait en lui une France qui refuse de mourir.
Décryptage d’un visionnaire qui parlait d’identité, de nations, de participation, de lobbys et que l’on traiterait aujourd’hui de tous les noms.
La France : un corps, pas un contrat
De Gaulle n’a jamais cru au « prêt-à-penser » universaliste. Pour lui, la France n’était pas une idée abstraite flottant au-dessus des nations ; elle était une personne, une chair, un héritage charnel. Cette vision charnelle de la nation, il la tenait de sa terre, de l’histoire, de cette « certaine idée de la France » qui n’a rien d’un logiciel juridique.
Là où le mondialisme moderne voudrait réduire la France à un territoire de passage, De Gaulle la concevait comme une cathédrale vivante, faite de strates, de mémoire et de sève. Aujourd’hui, on appellerait cela du « nationalisme charnel », un crime de lèse-diversité.
Proudhon sous le képi : la participation, idée révolutionnaire
On croit souvent que la participation gaullienne était une rustine sociale. C’est le contraire. De Gaulle était un proudhonien en uniforme. Il détestait le capitalisme anglo-saxon sauvage, mais il se méfiait tout autant du collectivisme d’État.
La participation, cette association du capital et du travail, n’était pas une simple prime de fin d’année. C’était une tentative de dépasser le marxisme et le libéralisme. C’était une voie proudhonienne. Proudhon, c’est la critique de la propriété oisive, mais aussi le refus de l’étatisme bureaucratique. De Gaulle, lecteur de Proudhon ? L’idée fait sourire, mais elle éclaire son obsession : faire du travailleur un associé, non un prolétaire.
Cette voie, la France l’a enterrée. Les syndicats y voyaient une ruse patronale ; le patronat, une entorse à ses prérogatives. Résultat : nous avons choisi le capitalisme financier. Nous en voyons aujourd’hui les ruines.
L’anti-OTAN : le premier des dissidents
Aujourd’hui, sortir de l’OTAN est une posture pour certains. Pour De Gaulle, c’était un impératif existentiel. Il ne s’agissait pas d’anti-américanisme primaire, mais de survie stratégique.
De Gaulle savait que l’OTAN n’est pas une alliance, mais un protectorat. Il refusait que les soldats français partent en guerre sous casque bleu, blanc, rouge… au service d’un état-major étranger. Il a viré les bases américaines, fabriqué la bombe, tendu la main à Moscou. Il dérangeait.
En 2026, nos armées sont calibrées par le Pentagone. Nos ambitions stratégiques sont limitées par des généraux étasuniens. Le général avait tout prévu : le vassal, lorsqu’il a perdu le sens de son destin, devient mercenaire.
L’Europe des patries : le mauvais élève
De Gaulle aimait l’Europe. Mais pas celle des commis, celle des peuples. Il voulait une Europe européenne, de l’Atlantique à l’Oural, et non une succursale washingtonienne déguisée en marché commun.
Il savait que l’Europe technocratique de Bruxelles serait une machine à dissoudre les nations. Il pressentait que cette « Europe » sans racines, sans vision politique propre, deviendrait le cheval de Troie du mondialisme. Il refusait que la France s’abolisse dans un super-État fédéral où elle ne serait plus qu’une province.
Aujourd’hui, les traités européens interdisent la souveraineté industrielle, monétaire et agricole. De Gaulle avait vu le piège.
La souveraineté confisquée et la question des lobbys
De Gaulle gouvernait en surplomb, mais il gouvernait pour la France. Il n’était pas le pantin d’une banque, d’un syndicat professionnel ou d’une communauté d’intérêts étrangère.
C’est ici que le prisme devient plus acéré. De Gaulle, stratège, connaissait le poids des lobbys. Il savait que la puissance d’un État se mesure à sa capacité à dire « non » aux puissances d’argent. Or, parmi ces puissances, certaines, à force de peser sur la politique étrangère américaine, orientaient le monde vers des conflits où la France n’avait rien à gagner.
Lui qui avait libéré le sol français grâce aux siens, mais aussi aux autres, refusait que la politique étrangère de la France soit décidée à Tel Aviv ou à Wall Street. Il voyait dans l’unilatéralisme américain au Moyen-Orient un danger pour l’équilibre mondial et pour la France. Il n’était pas antisémite, il était anti-satellite. La nuance est énorme.
Son soutien aux Arabes en 1967, sa vision d’un monde multipolaire, sa méfiance envers le sionisme politique, tout cela relevait d’une seule obsession : la France ne doit être inféodée à aucun clan, aucune chapelle, aucune diaspora constituée en lobby de guerre. Le courage politique, aujourd’hui, serait de rouvrir ce dossier sans hurlements.
Conclusion : Le dernier rempart
De Gaulle est mort. Son héritage a été méthodiquement dépecé. La participation est devenue une variable d’ajustement. L’OTAN nous enlace. L’Europe nous phagocyte. La souveraineté est un gros mot.
Mais le portrait du rebelle reste là. Il nous rappelle qu’une autre voie est possible : celle qui refuse la soumission, celle qui croit encore que la France est un sujet de l’histoire, pas un objet.
Le gaullisme, ce n’est pas la droite. C’est l’insurrection permanente contre l’effacement.
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