
Dans un article précédent, j’ai évoqué Xavier Niel comme le « libéral-libertaire qui endort la gauche ». Cette description, bien que juste sur la ligne éditoriale du Monde et du Nouvel Obs, est beaucoup trop polie, voire complaisante au regard de ce que l’on sait de l’homme.
Il est temps d’ajouter quelques éléments que Le Monde (sa propriété) n’a jamais vraiment creusés, mais que la presse spécialisée et les livres d’enquête ont documentés depuis des années.
Le premier million : le Minitel rose et l’industrie pornographique
Xavier Niel ne s’est pas construit un empire grâce à la technologie pure. Son premier million, le fameux capital de départ vient du porno. Pur et simple.
Au début des années 1980, alors qu’il est encore adolescent, Niel découvre le Minitel. Le jeune homme, 20 ans à peine quitte sa classe préparatoire pour ouvrir une société pornographique dont l’accès se fait via des numéros surtaxés. Il ne s’agit pas d’une simple « aventure de jeunesse » ou d’un « business comme un autre » : Niel a délibérément contourné la réglementation.
Comment ? Il rachète des éditeurs d’actualités boursières et des titres de presse « sérieux » pour obtenir leurs numéros de commission paritaire (avec quel argent ?). Et il détourne leur usage pour éditer des contenus purement pornographiques et commerciaux. En clair : il utilise des autorisations administratives censées servir à l’information économique pour diffuser du X.
Parallèlement, il investit dans des sex-shops et crée les premiers services érotiques du Minitel rose. Ce n’est pas une anecdote. C’est le socle de sa fortune.
La condamnation pour proxénétisme : un détail qui fâche
On ne parle jamais de ça dans Le Monde. Pourtant, c’est une condamnation pénale, pas une rumeur.
Xavier Niel a été reconnu coupable de proxénétisme dans les années 1990. Les faits sont graves : il exploitait un réseau de prestations sexuelles, via ses services minitel, en organisant la rencontre entre clients et prostituées. Il a été condamné à plusieurs reprises, avec des peines d’emprisonnement avec sursis et des amendes.
Ce passé, Niel ne le revendique pas. Il le cache. Et surtout, lorsqu’il rachète Le Monde en 2010, aucune enquête du journal ne revient sur ce détail pourtant fondamental : le propriétaire du premier quotidien du soir français est un proxénète condamné.
Imaginez la tempête médiatique si un autre milliardaire, disons Bolloré, avait le même casier. Mais Niel, lui, est protégé. Parce qu’il est « le bon milliardaire », celui qui offre des ordinateurs aux écoles, celui qui finance l’école 42, celui qui sourit aux photos.
Les accointances avec Mimi Marchand : comment la « reine des paparazzi » a fait élire Macron
C’est ici que l’histoire devient proprement scandaleuse et totalement inexplorée par les médias.
Mimi Marchand (de son vrai nom Michèle Marchand) est une figure sulfureuse de la presse people française. Ancienne paparazzi de Voici, elle est devenue au fil des ans une faiseuse de rois, une intermédiaire entre les célébrités, la presse et le pouvoir politique. Surnommée la « reine des paparazzi », elle est aussi la fondatrice de l’agence Bestimage, qui fournit des clichés « exclusifs » à la quasi-totalité de la presse people française ( celle qui mentira ) .
Quel est le lien avec Xavier Niel ?
Mimi Marchand a été pendant des années la meilleure amie et la confidente de Pierre Bergé, le compagnon d’Yves Saint Laurent. Or, Pierre Bergé était, avec Xavier Niel et Matthieu Pigasse, l’un des trois copropriétaires du groupe Le Monde. C’est Niel et Bergé qui ont œuvré ensemble pour racheter le journal, avec le soutien de Pascal Houzelot (fondateur de Pink TV, autre figure du « réseau »).
Ce réseau d’influence, que certains ont qualifié de « réseau gay », expression critiquable et réductrice, est surtout un réseau d’affaires extrêmement puissant, mêlant médias, argent et politique. Et Mimi Marchand en était l’un des rouages essentiels.
Comment Mimi Marchand a-t-elle « fait élire Macron » ?
Les enquêtes, menées par des médias et journalistes indépendants, ont montré que Mimi Marchand a joué un rôle clé dans la campagne présidentielle de 2017 puis dans celle de 2022. Son rôle :
- Nettoyage médiatique: Marchand a utilisé son réseau dans la presse people et généraliste pour enterrer des informations gênantes sur Emmanuel Macron. Des histoires privées, des rumeurs, des scandales potentiels, tout a été « géré » en amont.
- Intermédiation avec la presse: Grâce à ses liens avec Xavier Niel (via Pierre Bergé), Marchand pouvait influer sur la couverture médiatique du Monde et des autres titres du groupe. Pas directement, personne n’est assez stupide pour passer un ordre écrit, mais par des « appels », des « conseils », des « arrangements » entre amis.
- Protection rapprochée: Pendant la campagne de 2017, Mimi Marchand aurait activement travaillé à protéger Macron de fuites potentiellement destructrices (rencontre à 14 ans de Brigitte, 40 ans ) . En échange, une fois élu, Macron lui a offert un accès permanent à l’Élysée, un passe-droit exceptionnel pour une « simple » paparazzi.
Où est Xavier Niel dans tout ça ?
Niel n’a pas « ordonné » quoi que ce soit. Il n’en a pas eu besoin. Il suffisait que la femme de confiance de son associé Pierre Bergé, Mimi Marchand, soit elle-même au cœur du dispositif macroniste. Et que les médias de Niel, Le Monde en tête, fassent ce qu’ils font toujours : regarder ailleurs.
Résultat : Pendant cinq ans, Le Monde a enquêté sur Fillon, sur Le Pen, sur Mélenchon. Mais sur les liens entre Macron, Mimi Marchand et la sphère médiatique Niel-Bergé ? Rien. Pas une enquête. Pas une ligne.
Le « réseau gay » : fantasme ou réalité ?
Je tiens à être précis : l’expression « réseau gay » a été utilisée par certains commentateurs pour désigner l’entrelacs d’influences liant Xavier Niel, Pierre Bergé, Matthieu Pigasse, Pascal Houzelot et d’autres figures des médias et de la culture. Si cette expression peut être problématique pour certains en tendant à essentialiser ou à délégitimer des liens professionnels en les réduisant à une orientation sexuelle.
Ce qui est factuel, en revanche :
- Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse formaient un trio d’actionnairessolide au capital du Monde.
- Pascal Houzelot, fondateur de Pink TV (devenu une chaîne pornographique), a été l’intermédiaire qui a présenté Pierre Bergé à Matthieu Pigasse, permettant au trio de se former.
- Ce même réseau d’affaires a permis de réunir, autour de projets médiatiques, des noms comme Bernard Arnault, Jean-Charles Naouri, ou encore Jacques Veyrat.
- David Kessler, ex-directeur des Inrockuptibles (propriété de Niel-Pigasse-Bergé), est devenu conseiller médias à l’Élysée sous François Hollande puis sous Macron.
Ce n’est pas une « théorie du complot ». C’est de la sociologie des élites documentée par des enquêteurs comme Vincent Nouzille. Il y a bien une porosité quasi totale entre la haute finance (Matthieu Pigasse est banquier chez Lazard), la presse (Le Monde), et le pouvoir politique (l’Élysée). Et Mimi Marchand en est la courroie de transmission la plus discrète et la plus efficace.
Ce qu’il faut retenir sur Xavier Niel
Concernant l’origine de sa fortune, on dit habituellement que Xavier Niel est un génie des télécommunications, le prédateur visionnaire qui a bouleversé le marché avec Free. La réalité est moins glorieuse : sa fortune vient du porno. Minitel rose, sex-shops, numéros surtaxés, c’est là qu’il a gagné ses premiers millions.
Son casier judiciaire n’est jamais mentionné dans les médias qu’il possède. Pourtant, la réalité est simple : Xavier Niel a été condamné pour proxénétisme dans les années 1990. Ce n’est pas une rumeur, c’est un fait judiciaire.
Son lien avec Le Monde est généralement présenté comme celui d’un sauveur, d’un milliardaire éclairé qui a sauvé le grand quotidien de la faillite. La réalité, c’est qu’il en est copropriétaire avec Pierre Bergé (article à venir ), un homme accusé de pédocriminalité au Maroc, et qu’il est resté proche de Mimi Marchand, cette intermédiaire sulfureuse entre la presse et le pouvoir.
Son lien avec Emmanuel Macron n’est jamais officiellement évoqué. On dit qu’il n’y a aucun lien public. La réalité, c’est que Niel fait partie d’un réseau d’influences, via Bergé et Marchand, qui a activement protégé le président médiatiquement. En échange, ses journaux n’ont jamais enquêté sérieusement sur lui.
Enfin, parlons des enquêtes du Monde sur tout cela. Il n’y en a aucune. Le Monde, que Niel possède, n’a jamais produit la moindre enquête approfondie sur son propriétaire, ni sur ses réseaux, ni sur ses condamnations, ni sur ses liens avec Bergé, Marchand ou Macron. C’est le privilège ultime du milliardaire qui possède son propre journal : personne n’ira jamais fouiller dans ses affaires.
Bref, Xavier Niel n’est pas le « bon milliardaire ». Il est juste plus discret que les autres. Mais la discrétion, quand on possède un grand quotidien, c’est aussi une forme de pouvoir. Celui de ne jamais être inquiété.
Conclusion: le plus discret est peut-être le plus dangereux
Vincent Bolloré est une brute médiatique assumée. On le voit, on le dénonce. Avec Xavier Niel, c’est plus subtil. Il a l’image du « milliardaire sympathique », de celui qui « aime la liberté », qui « finance l’innovation ».
Ne vous y trompez pas. Xavier Niel a construit sa fortune sur l’exploitation du corps des femmes (Minitel rose, proxénétisme), il contrôle avec son réseau l’un des derniers grands quotidiens dits « de référence », et il a activement participé, par loyauté envers ses associés et par intérêt, à la machine de protection médiatique d’Emmanuel Macron.
Pendant que CNews hurle, Le Monde se tait. Pendant que Bolloré attaque frontalement, Niel protège en silence. L’un ne va pas sans l’autre. Et c’est peut-être Niel, avec son sourire et son passé soigneusement enfoui, qui pose le plus grand danger pour une information réellement indépendante : le danger d’une censure douce, d’une autocensure confortable, d’un journalisme qui ne mord jamais la main qui le nourrit même quand cette main a trempé dans la prostitution et les arrangements politiques les plus opaques.






