
Il paraît qu’il faut savoir écouter son public.
Le mien vient de parler. Enfin… une petite partie du mien.
Après des mois, à écrire, lire, chercher, vérifier, recouper, réfléchir, rédiger et publier, le constat est finalement assez simple : ce blog intéresse trop peu de monde.
Quelques lecteurs fidèles. Quelques curieux. Quelques irréductibles.
Et puis… les autres. Les autres ont probablement mieux à faire.
Et je ne leur en veux pas.
Après tout, pourquoi consacrer dix minutes à la lecture d’un article quand on peut passer une heure à faire défiler des contenus qui auront disparu de notre mémoire avant même d’avoir atteint le bas de l’écran ?
Pourquoi essayer de comprendre un sujet complexe quand un titre suffit désormais à se faire une opinion ?
Pourquoi lire un décryptage quand une vidéo de trente secondes permet de devenir expert en tout ?
Pourquoi chercher quand il est tellement plus confortable de croire tout savoir déjà ?
Mais il y a quelque chose de plus révélateur encore.
Même certains amis, même des proches, ne lisent plus le blog.
Je le sais. Je le constate. Et là encore, je ne leur en veux pas.
La vie est faite de priorités, de contraintes, d’habitudes et de mille sollicitations quotidiennes.
Mais si ceux qui me connaissent, ceux qui savent qui écrit ces lignes, ceux avec lesquels je partage parfois bien plus qu’un simple écran, ne prennent plus le temps de me lire…
Alors que dire des autres ?
Il faut bien reconnaître que le message est assez clair. Écrire sérieusement demande du temps. Beaucoup de temps.
Derrière quelques minutes de lecture, il y a parfois plusieurs heures de recherche, de vérification, de réflexion, d’écriture et de réécriture.
Tout cela pour quelques lecteurs.
Il faut donc être lucide : beaucoup de travail pour très peu de lecteurs, ce n’est pas forcément la meilleure équation.
Je pourrais continuer. Je pourrais faire semblant de ne pas regarder les chiffres.
Publier régulièrement. Écrire dans le vide avec l’espoir que quelqu’un, quelque part, finira bien par s’arrêter. Mais je préfère encore être honnête.
Je ne peux pas forcer les gens à lire. Je ne peux pas imposer la curiosité.
Je ne peux pas obliger quelqu’un à remettre en question ses certitudes.
Et surtout, je ne peux pas sauver quelqu’un de son ignorance s’il s’y trouve parfaitement bien.
L’ignorance a d’ailleurs quelques avantages remarquables.
Elle ne demande aucun effort. Elle évite les contradictions. Elle permet d’avoir une opinion sur tout sans avoir besoin de lire quoi que ce soit. C’est simple, confortable et parfaitement adapté à notre époque.
Alors pourquoi continuer à parler dans une pièce où presque personne ne semble avoir envie d’écouter ?
Je ne manque pas de sujets. Je ne manque pas d’idées. Je manque simplement de raisons de consacrer autant de temps à un blog que si peu de personnes prennent encore le temps de lire.
La décision est donc prise : le blog est suspendu.
Peut-être définitivement. Peut-être temporairement. L’avenir le dira.
Les archives, elles, resteront accessibles.
Les Décryptages, les Portraits, les Éditos, la Veille médiatique, les Traditions vivantes.
Des dizaines d’articles qui, pour la plupart, sont toujours d’actualité.
Ils resteront là, tranquillement. À attendre.
Peut-être qu’un jour un nouveau lecteur les découvrira. Peut-être qu’un ancien lecteur y reviendra. Peut-être même qu’un article publié il y a plusieurs mois donnera soudain envie à quelqu’un de comprendre ce qui se passe autour de lui.
Ce serait déjà beaucoup.
Car au fond, ce blog n’a jamais eu vocation à faire du chiffre. Il était un espace de liberté.
Un endroit pour réfléchir, questionner, provoquer parfois, déranger aussi, et surtout essayer de regarder derrière le décor.
Mais la liberté d’écrire implique aussi la liberté de s’arrêter. Alors je vais reprendre un peu de mon temps.
Lire davantage. Écrire toujours, autrement. Ou ne rien écrire pendant quelque temps.
Et je remercie sincèrement ceux qui ont lu, partagé, commenté, discuté ou simplement pris quelques minutes pour s’arrêter.
Vous étiez peut-être peu nombreux. Mais vous étiez là.
Et finalement, un lecteur qui lit vraiment vaut toujours mieux que mille visiteurs qui passent sans regarder.
Pour les autres, aucun reproche.
Chacun est libre. Libre de lire. Libre de ne pas lire. Libre de chercher.
Libre de croire ce qu’on lui raconte. Libre même de préférer rester dans l’ignorance.
Après tout, je ne suis pas responsable de ce que les autres choisissent de savoir.
Je peux seulement laisser la lumière allumée. À chacun de décider s’il veut entrer.
Et pour ceux qui veulent continuer à me lire…
Il reste une possibilité.
Pour ceux qui auront encore envie de suivre mes réflexions, mes interrogations et probablement mes quelques provocations, il y a les livres de Ned Barras, l’auteur de ce blog.
Mes romans sont, à leur manière, le prolongement de cet univers : des histoires, des idées, des questions, des mystères et quelques portes ouvertes vers des territoires où chacun est libre de s’aventurer.
Vous pourrez donc continuer à me lire ailleurs. Plus longtemps, peut-être.
Et surtout, à votre rythme.
Le blog s’arrête peut-être. L’écriture, elle, ne s’arrête pas.
Alors voilà. Le blog fait une pause. Merci encore à ceux qui l’ont accompagné.
Merci à ceux qui continueront peut-être à venir fouiller dans les archives.
Et merci surtout à ceux qui m’ont rappelé qu’écrire pour quelques lecteurs passionnés peut parfois avoir plus de sens qu’écrire pour une foule qui ne lit pas.
Quant aux autres…vous n’avez peut-être rien raté.
Enfin…pas encore.
Et puis, rassurez-vous : je vais m’arrêter là.
Parce qu’à force d’écrire sur le fait que personne ne lit, je viens probablement de commettre une dernière erreur stratégique :
j’ai encore été trop long. J’ai dépassé les 144 signes.
Les fidèles comprendront la référence. Les autres…
n’ont probablement pas lu jusque-là.
